Station Opéra. Devant les ascenseurs qui descendent sur le RER. Odeur de pisse, moins forte que d'habitude.
Deux hommes assis sur des cartons et espacés d'environ cinq mètres l'un de l'autre accostent les passants, bonjour madame! Vous n'avez pas cinquante centimes? Les gens sont sourds, très pressés.
Celui qui est le plus proche de moi est un long maigre, cheveux gris jusqu'au épaules, mal fagoté mais pas crade, un peu vieux rockeur. Le deuxième et plutôt petit, un peu rond ou peu être baraque, difficile à dire sous la grosse bomber verte. Il a le crâne chauve et les mains, le cou, couvert de petits tatouages fait à l'aiguille, dont un symbole anarchique.
Le premier: - Mademoiselle, vous avez pas cinquante centimes?
- Non, je suis désolée, je viens de donner mes petites pièces à un joueur d'accordéon!
- Ah ben c'est pas grave! Merci!
Le suivant: - Mais vous auriez des fois une cigarette?
- Ah oui, ça j'ai! Je m'accroupis, ramène mon sac à dos devant moi, ouvre la poche et en sors le tabac à rouler, les feuilles, les filtres, commence à lui donner des feuilles. L'autre me crie ne lui donnez pas de cigarette! Il est malade, il tousse! Je ris. On mourra bien tous un jour de quelque chose! Il rit. Oui mais ne lui donnez pas de cigarette, il tousse! Mais si vous êtes jaloux, je vous en donne aussi du tabac, c'est pas un problème... Et alors le deuxième de s'exclamer ne lui donnez pas de cigarette à lui, il tousse! Alors je ris -mais vous êtes méchants entre vous c'est pas possible! C'est mesquin! Et si j'avais sortis un pièce, hein, vous m'auriez dit de ne pas la lui donner, qu'il est riche, lui? Nous rions, je donne du tabac au premier bonhomme aussi.
Je remets mon sac, leur souhaite une bonne journée, et monte dans l'ascenseur, mais en vrai, j'aurais préféré rester là, rire, accoster les passants, siroter une bière à trente-cinq centimes.